L’UNSAF, Syndicat National des Audioprothésistes, par la voix de son Président Luis Godinho, se veut « force de proposition » en publiant une étude sectorielle très documentée du marché de l’audioprothèse. Il évoque une véritable « fracture auditive » d’ordre sociétal et  médico économique face aux enjeux de santé publique de la réhabilitation auditive des sourds et malentendants, notamment pour la population des personnes âgées.

Le syndicat national des audioprothésistes interpelle les pouvoirs publiques sur la « fracture auditive »

Cette dimension de santé publique est déjà mise en exergue par 2 rapports :

Luis Godinho propose de façon inédite une remise à plat de la prise en charge du malentendant par l’assurance maladie, sur l’axe de la prévention et en priorité sur le sur-déclin cognitif, afin de permettrepar une correction auditive précoce de retarder le risque de dépendance et de réduire son coût inflationniste, supporté par la collectivité.

l’UNSAF argumente son analyse, secteur par secteur en s’appuyant sur les rapports de nombreuses agences en Europe, Euro Track et en France l’IGAS, la CNSA, l’INSEE , la DREES, la HCAAM, la DSS, sur les données d’activité extraites du SNIIRAM et les résultats de l’étude scientifique de cohorte de PAQUID. L’UNSAF avait auparavant communiqué conjointement avec le SNORL sur les résultats de cette dernière étude, publiés en 2015 dans le Journal of American Geriatrics Society par l’unité INSERM 897 de Bordeaux, avec un recul exceptionnel d’observation de 25 ans !

Cette étude de cohorte menée depuis les années 90 confirme comme les études de Franck Linn aux USA, l’impact de la surdité sur le sur-déclin cognitif des personnes âgées. les résultats de l’équipe d’Hélène Amieva plaident en faveur d’un appareillage précoce pour éviter les risques d’isolement social, de dépression, de détérioration de la qualité de vie et retarder ainsi le passage à la dépendance.

L’analyse de l’UNSAF rappelle la prévalence du handicap auditif et l’état actuel de la prise en charge, avec pour chaque secteur son impact médico économique selon différents indicateurs.

Dans le parcours de soin coordonné du malentendant entre tous les professionnels de la santé auditive, l’effecteur audioprothésiste réalise sur son « plateau technique» l’appareillage sur devis et sur prescription de l’ORL, pour permettre le remboursement par l’assurance maladie et les OCAML’analyse pointe les inégalités d’accès à l‘appareillage liés à un modèle de prise en charge pénalisant l’usager par le très faible remboursement de l’assurance maladie, qui  reste inchangé pour les adultes depuis 1986 et ne prenant pas compte de façon réaliste la dimension sociétale et de santé publique du service rendu par les audioprothésistes

Les inégalités de reste à charge du prix de l’appareillage sont très importantes compte tenu du niveau très bas de remboursement de l’aide auditive « déconnectée de la réalité » et mettant la France dans la moyenne basse des pays européen.

Compte tenu de l’amélioration notable des performances des aides auditives et de leur « rapport qualité prix » en net progrès selon l’analyse, l’audioprothésiste « ne vend pas des appareils » mais « facture » un « service rendu indissociable » entre le dispositif médical associé aux aides techniques et la prestation d’accompagnement tout au long de la vie du malentendant appareillé, pour optimiser l’efficience de cette prise en charge.

L’analyse prédit de plus un « effet de ciseau » entre la démographie déclinante des ORL face à la démographie des audioprothésistes soumis à un numerus clausus, aujourd’hui plus nombreux et concentrés sur les mêmes territoires où l’accès à l’offre de soin des ORL devient problématique dans certains territoires dits « déserts médicaux ».

Dans la prestation d’appareillage des personnes âgées fragiles comme pour celle des enfants, le facteur humain est déterminant dans la qualité de l’accompagnement et l‘adhésion de l’usager aux contraintes de l’appareillage. Le temps consacré entre le choix et leur adaptation, l’éducation thérapeutique et son suivi personnalisé régulier est très opérateur dépendant et très chronophage dans la relation du « colloque singulier » de tout professionnel de santé et son patient, pour garantir la bonne observance et l’efficience du port de l‘appareillage.

Luis Godinho dénonce vigoureusement « les contrevérités » qui ne prennent en compte que le prix facturé comme seule variable d’ajustement du reste à charge des malentendants appareillés. Il précise que le temps consacré par l’audioprothésiste est incompressible, et que celui-ci peut difficilement augmenter sa productivité face à des seniors appareillés souvent à mobilité réduite et à éloignement géographique dans certains territoires où l’offre de soin est devenu précaire.

En écho à certaines campagnes de stigmatisation de la filière des audioprothésistes, l’UNSAF interpelle les pouvoirs publics et propose de « ramener le reste à charge de 1000 € à 750 € par appareil », pour une « offre régulée » « équitable » complétant une « offre de liberté tarifaire » laissant ainsi le libre choix aux usagers pour favoriser l’ accès à la santé auditive du plus grand nombre.

Il affirme que pour les pouvoirs publiques et l’assurance maladie, c’est un « investissement » « estimé à 100 M€ » pour couvrir les besoins notamment « des plus de 65 ans et des plus de 75 ans qui représentent respectivement 75 % et 54 % de la dépense en audioprothèse », alors que les « OCAM ne couvrent aujourd’hui que seulement 1 % » de la couverture complémentaire globale de la correction auditive.

« Le rôle de l’Etat demeure ainsi primordial pour garantir à chaque usager du système de santé un accès équitable face au reste à charge trop élevé ».

Luis Godinho estime que les efforts déjà consentis par les audioprothésistes sur la prise en charge solidaire CMU nécessite une réciprocité responsable de la part de l’assurance maladie par une « reconquête » de la couverture de la santé auditive des adultes au travers d’une « labellisation des contrats dédiés au plus de 65 ans ».

Le financement de ce handicap par la collectivité permettrait de réduire le reste à charge financier dissuasif, notamment pour la population croissante des personnes âgées, afin de dégager des économies sur le coût de leur passage à la dépendance.

En outre, la filière de l’audioprothèse représente 10.000 emplois en France et assure la prise en charge de 400.000 malentendants par an, alors que selon les estimations du syndicat seulement 2 millions sont appareillés sur les 3 millions de déficients auditifs qui devraient l’être.

Face aux dérives marchandes du low-coast dans la distribution des aides auditives, l’offre de soin de la santé auditive se doit de maintenir l’audioprothèse et les services de ses professionnels dans le champ de la santé, en particulier pour contribuer au vieillissement réussi des populations.

etude audioprothèses unsaf

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