L’INPES, qui publie régulièrement des rapports sur l’état de santé de la population française comme ce  Bâromètre de la Santé des Sourds et Malentendants, est une des trois agences nationales de santé publique avec l’Eprus et I’inVS, dont la préfiguration de regroupement a été confiée à François Bourdillon, actuel directeur général, pour donner naissance en janvier 2016 à un Institut pour la prévention, la veille et l’intervention en santé publique, Santé Publique France. C’est le Professeur Lionel Collet, conseillé d’Etat qui prend la présidence des Conseils d’administration de l’Eprus et de l’inVS.

Baromètre Santé Sourds et Malentendants INPES CNSA 2011-2012

Baromètre Santé Sourds et Malentendants INPES CNSA 2011-2012

 

Cette nouvelle édition 2011-2012 de l’enquête du BSSM, première du genre, a été menée en collaboration avec la CNSA, en France métropolitaine, en reprenant les publications de 2011 et s’appuyant sur les résultats de questionnaires proposés à la population concernée, touchée par le déficit auditif englobant acouphènes et hyperacousie.

Ces questionnaires portaient notamment sur la perception par les malentendants non appareillés des prises de risques liés à leur surdité, et notamment les risques sur la santé mentale, sur la santé au travail et sur l’accès aux soins sur un panel de 3000 sourds et malentendants.

Les enquêtes ont été menées de façon ambitieuse auprès de nombreux réseaux associatifs institutionnels et de professionnels de santé.

Tous les  moyens de communication ont été utilisés pour cette enquête : téléphone, formulaires internet, mailings, prospectus affiches, vidéos et même visite à domicile pour les plus isolés.

Dans l’ordre des moyens de communication utilisés pour l‘information et le conseil sur la gêne auditive, 79% des répondants privilégient les professionnels de santé devant internet à 51% et l’écrit à 42% (presse livres).

Les résultats sur la santé mentale du vécu de la surdité attirent l’attention sur la prévalence notable de la détresse psychologique de cette population de répondeurs

Les données de santé publiques sur l’état psychologique, l’isolement social et l’exclusion des sourds et malentendants sont déjà très documentées, mais cette enquête révèle un degré de détresse psychologique des répondeurs à un niveau de prévalence inédit et inquiétant.

 

L’indicateur choisi dans l’étude est celui du Mental Health Index (MHI-5) et repose sur 5 questions portant sur le ressenti des malentendants au cours des quatre dernières semaines : y a t-il eu des moments où vous vous êtes sentis très nerveux/que rien ne pouvait vous remonter le moral/calme et détendu/triste et abattu/êtes-vous heureux.

Les conclusions de ces sondages avec près de 3 000 répondants sont les suivantes :

  • Les malentendants non appareillés sont trois fois plus nombreux à connaître des situations de détresse psychologique que le reste de la population
  • Ils sont cinq fois plus nombreux à avoir eu des envies suicidaires au cours des douze derniers mois
  • Ils sont deux fois plus nombreux à avoir commis des tentatives de suicide au cours de leur vie.

On notera que les réponses révèlent que ces risques suicidaires ont une prévalence chez les femmes de la population générale mais s’estompent pour une quasi égalité avec les hommes dans la population sourde.

Cette synthèse propose en conclusion des « pistes de réflexions prioritaires » « afin de prévenir et de prendre en charge les états de souffrance psychologique particulièrement saillants et présents chez les personnes ayant répondu à l’enquête, sur l’accès au travail et ses conditions, la mise en place de structure d’accueil et la lutte contre les violences subies comme la stigmatisation de la surdité ».

Ces résultats illustrent les enjeux de santé publique de la santé auditive face au risque de détresse psychologique et suicidaire qui se cumulerait ainsi au risque de sur-déclin cognitif observée par l’étude PAQUID dans la population vieillissante qui ne bénéficie pas de correction auditive.

Ils confirment la nécessité d’amplifier le dépistage, la prévention, l’observation et la dédramatisation du handicap auditif.

Grâce à l’essor de la santé connectée et des innovations digitales qui ont révolutionné la performance des aides auditives numériques externes ou implantées, l’implication des professionnels de la surdité dans le champ de la Télé-audiologie favorisera l’accès à la santé auditive du plus grand nombre pour une meilleure efficience de la réhabilitation auditive précoce, garantissant une prévention des risques psychologiques et de sur-déclin cognitif des malentendants.