Une des toutes premières études médico-économiques sur la surdité vient d’être publiée à la demande des organisations professionnelles représentant les audioprothésistes (UNSAF, CNA, SYNEA, SYNAM). Jean de Kervasdoué et Laurence Hartmann font le bilan du coût de la surdité en France en comparaison avec certains pays développés.

Après un état des lieus confirmant la « fracture auditive » déjà pointée par l’UNSAF dans l’analyse sectorielle publiée en 2015 en reprenant notamment les rapports de la cour des comptes et de l’IGAS, les auteurs proposent une modélisation médico-économique du coût de la surdité.

A partir d’études d’impacts sur les risques de comorbidité des Limitations de la Fonction Auditive (LFA) qui ne sont pas corrigées, l’estimation du poids économique de la surdité serait de 23,4 milliards d’euros, dans l’hypothèse où aucun malentendant ne serait appareillé.

Différentes études ont déjà précisé le lien entre les déficiences auditives et la morbidité des sujets adultes avançant dans l’âge ; elles ont déjà démontré l’intérêt du dépistage précoce et celui d’une correction auditive précoce pouvant éviter les conséquences sanitaires du non appareillage sur l’apparition ou l’aggravation de troubles psychologiques potentiellement graves, le risque aggravé de chutes, l’impact sur leur déclin cognitif et leur perte d’autonomie.

Les hypothèses médico économiques prennent en compte dans le calcul du coût sociétal de l’appareillage le port effectif des aides auditives et leur observance optimale, qui pourraient réduire les dépenses de 30% si un malentendant sur deux étaient appareillés, et de 40% si tous les malentendants portaient des aides auditives.

Il coûterait donc moins cher d’appareiller tous les malentendants que d’assumer le coût de leur non appareillage, notamment pour les personnes âgées fragiles à risque de dépendance ; le coût sanitaire évitable serait alors de 1,7 milliards d’euros, pour 1,5 milliards d’euros dépensés pour appareiller tous les malentendants, soit une économie de 200 millions d’euros pour les pouvoirs publics, avec de surcroît des bénéfices notables en termes de qualité de vie pour les patients appareillés.

Ce rapport confirme de nouveau les enjeux de santé publique de la santé auditive et devant le frein financier principal du reste à charge de l’appareillage, les auteurs interpellent les pouvoirs publics et les payeurs pour reconsidérer la solvabilisation du remboursement du coût réel de la correction auditive, restée à 8% par l’assurance maladie et 30% par les régimes complémentaires.

L’investissement dans la correction auditive devrait être considéré comme une source réelle d’économie de santé pour la collectivité et un moyen d’efficience dans l’amélioration de la qualité de vie des populations fragiles.

Le modèle de régulation proposé dans ce rapport pourrait bénéficier de la complémentarité de la coopération des acteurs où l’humain est indispensable dans l’accompagnement des malentendants notamment seniors, et de celui des services de télé-audiologie tels que le télé-dépistage, le télé-suivi et la télé-observance de la correction auditive, comme source d’économie de santé et d’efficience de prise en charge du déficit auditif.